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Le respect, l’équité, la justice sociale et la dignité, des valeurs phares |
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Par Dominique Trottier, T.S. |
| Être travailleuse sociale, en 2011, représente un défi de taille. Il est parfois difficile de défendre les valeurs de respect, d’équité, de justice sociale et de dignité dans une société qui peine à respecter les droits humains. Demeurer positive et réaliste à la fois, garder la flamme et aider clients, collègues et amis à maintenir la leur est par moment décourageant. Pourquoi continuer? En toute honnêteté, cette question je me la pose de temps en temps, principalement lorsque je suis perdue dans le tumulte du quotidien et que j’oublie de respirer, de m’arrêter, de penser, jusqu’à ce que... je songe à madame C, C pour courage. J’aurais tout aussi bien pu l’appeler madame D pour détermination ou madame A pour amour. Mais je l’appelle madame C, je la revois de façon ponctuelle depuis plusieurs années. Chaque fois, elle chemine et m’impressionne un peu plus.
Mme C est dans la trentaine, mère de quatre enfants. Elle a eu une enfance difficile qui lui a laissé un héritage d’anxiété. Pourtant, elle est devenue une bonne maman à force d’espoir, d’essais, d’erreurs et de recommencements. Ils ne sont pas toujours faciles à aimer ses mignons du haut de leurs diagnostics respectifs, mais elle les aime profondément. Elle a simplement besoin, parfois, d’un peu d’aide pour leur démontrer son amour. Elle doit composer avec l’école qui lui dit que ça ne va pas: un tel a dit ceci ou a fait cela; la petite dernière a besoin d’être évaluée, elle aussi, et la plus vieille entre dans l’adolescence avec le cortège de difficultés que l’on peut imaginer. Entre temps il y a les soirs, les devoirs et les vacances, le troisième qui fait des crises, de là la nécessité de lui faire un horaire, de comprendre et de répondre à ses besoins sensoriels, de le protéger des changements en les lui annonçant à l’avance en autant que possible. Parfois, Mme C me dit qu’elle a peur de ne pas y arriver, peur de ne pas pouvoir protéger les autres quand le troisième fait une crise, peur de ne pas l’aimer assez celui-là. Quand on se rencontre, elle me dit ne pas savoir pourquoi elle pleure, ne pas comprendre pourquoi elle n’a pas l’énergie de travailler ou d’étudier. Avant chaque visite, elle s’inquiète et me demande si elle prend la place d’un autre en me consultant. Après tout, je me débrouille bien, dit-elle, mis à part ces moments d’angoisse qui la désespèrent. Mais, après chaque rencontre, elle me confie à quel point elle est rassurée et que ça lui fait du bien de consulter. Il m’arrive de croire qu’elle est bien minime ma contribution entre les rendez-vous chez les médecins, les ajustements de médications, les plans d’interventions à l’école, les spécialistes en réadaptation et autres. Pourtant, chaque fois que madame C revient me voir, je songe à quel point je suis chanceuse de côtoyer des personnes si courageuses. Quelque part aussi, je pense que c’est parce que je suis animée de ces valeurs si précieuses à notre profession que j’ai le privilège d’accompagner ces personnes inspirantes sur le sentier de leurs vies, de les aider à prendre une pause et à reprendre confiance en leurs habiletés. Quand je m’arrête un peu pour y penser, je trouve que ça vaut vraiment la peine de garder la flamme animée afin de continuer à aider tous les monsieur et madame C du monde à se sentir respectés, à reprendre leur dignité et à militer pour leur permettre de vivre un peu plus d’équité et de justice sociale. |